I have a dream.

C’est PUautomne, via l’excellent TED de Brian Goldman qui m’a rappelé ton histoire. La preuve, si il en est, que nous avons en effet un problème avec nos erreurs. Puisque j’ai réussi à t’oublier. Puisque j’arrive à me lever le matin, légère, sans penser à toi. Parce qu’après t’avoir rencontré, je n’ai pas dormi. Au début. Et puis progressivement, je t’ai oublié. Ou plutôt enfoui. Parce que rester paralysée ne m’aidait pas. Et que j’avais besoin de pouvoir agir pour soigner d’autres malades. Et parce que je n’avais personne avec qui en parler. Alors je t’ai enterré. Au figuré, bien sûr. Parce que tu n’es pas mort, que tu vas bien.
Heureusement pour toi.
Et, soyons honnête, heureusement pour moi.
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Eté 2011.
C’était une fin d’après-midi aux urgences, à PetitBourg. Je vais être franche, je ne sais même plus si on était débordé. Si ça se trouve, même pas. Tu es arrivé accompagné de ta femme. Sur la pile des dossiers, j’ai pris le tien, parce que c’était le premier.
« Asthénie. Dyspnée. » Fatigue. Essoufflement. En fait, l’infirmière aurait aussi bien pu rajouter Fantomatique, Blanc comme un linge (ou cachet d’aspirine, ou cul, au choix…). C’est bien simple, quand tu m’as souri, tes lèvres étaient aussi blanches que tes dents. Ton sur ton.
Je t’ai interrogé, comme il faut. Non tu n’avais pas de maladie particulière. Non tu ne prenais pas de médicaments. Oui, tu étais jeune. Oui ça faisait un moment que tu étais fatigué, de plus en plus. Non tu n’avais pas saigné. Non tu n’avais pas mal dans la poitrine.
Je t’ai examiné, comme il faut aussi. A part ton cœur qui battait un peu vite, et ton teint genre faïence, rien. Tout était parfait.
Je t’ai fait un ECG. Comme quoi on devait quand-même être un peu débordés, parce que d’habitude, c’était les infirmières qui faisaient les ECG au PetitCH de PetitBourg.
Je l’ai regardé, tout comme il faut. Et il était normal.
Alors j’ai prescrit une prise de sang. Pas pour savoir si tu étais anémié, hein. Mais de combien. Et savoir si le reste marchait bien.
Angine.
Vomissements.
Fracture d’orteil.
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L’infirmière m’a apporté les résultats de ton bilan. Et j’ai cru que j’hallucinais. Trois grammes. Pas trois grammes d’alcool. Pas trois grammes de sucre. Pas trois grammes de triglycérides. Ca, j’avais déjà vu. TROIS GRAMMES D’HEMOGLOBINE.
Et c’est là que j’ai fait ma première erreur. Je me suis laissée avoir. Je l’ai dit, hein, plus haut. Tout était parfait. Et pourtant… j’ai soigné un bilan, et pas un patient. Toi, finalement, tu allais plutôt bien. Et ton cœur aussi. Et puis tes reins aussi. Mais moi j’ai vu TroisGrammesOhMonDieuIlARencontréUnVampireOhLaLaLaLa…
Et j’ai donc fait ma deuxième erreur. J’ai voulu gérer toute seule. J’ai commandé les culots de sang. J’ai demandé au chef de signer la demande, en lui disant « J’ai Monsieur Vampire, là bas, il a une anémie à 3 grammes bien tolérée mais à 3 grammes tu te rends comptes je commande quatre culots tiens signe là. »
Et puis j’ai fait ma prescription, consciencieusement. Heureuse de me dire qu’au milieu de toute la bobologie des urgences, j’avais aussi eu « un cas intéressant » et que grâce à moi tu irais bientôt mieux.
Ligne par ligne. Un concentré de globules rouges. A passer sur 60 minutes. Surveillance TA/FC/Sat/T. Puis Furosémide 20 mg IVL.
Quatre fois j’ai écrit ça.
Et puis j’ai donné ton dossier à l’infirmière, avec ma synthèse à l’intérieur. Et ma conclusion. Anémie profonde sur probable maladie de Biermer.
Et tu as été transféré en Unité de Soins Continus. (En vrai, on a mis ton lit du box des Urgences dans une chambre trois portes plus loin, où c’était quand même moi qui m’occupais des patients.)
Ma journée est terminée. La garde commence.
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Rhino.
Douleur thoracique.
Constipation.
Traumatisme du genou.
Crise d’angoisse.
Colique néphrétique.
Alcoolisation aiguë.
Fièvre.
Occlusion.
Pleurs…
 ..
..
Deux heures. Les urgences se vident. Peu à peu. On prend quand-même le temps de manger, avec l’équipe. Puis on coupe la nuit. Je fais la deuxième partie. Je vais me coucher. Sur le chemin, je passe voir comment tu vas. Tu es beaucoup plus rose (en tout cas beaucoup moins blanc), beaucoup moins fatigué. Je suis trop fière. Je vais me coucher.
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Biiiiiip. Cinq heures. L’Unité de Soins Continus.
Tu tousses un peu.
Je grogne en moi-même. Franchement, quoi, merde ! Cinq heures du matin, parce que tu tousses !
Mais c’est vrai, tu tousses un peu. Je regarde tes constantes. Elles sont bonnes depuis le début de la nuit. Le temps que je prenne mon stétho, ta toux ne s’arrête plus. Je me penche vers toi et écoute. Putain ça crépite à tout va ! Et ta saturation descend, doucement mais sûrement… Je t’assieds bien droit, te mets l’oxygène à fond et sors sur le pas de la porte appeler l’infirmière. Quand je me retourne, tu respires à toute vitesse. Je lui crie d’apporter du Furo, l’ECG et de quoi te faire un gaz du sang. On te fait tout en même temps. Toi, tu ne parles même plus. Tu te contentes d’haleter. En deux minutes, tu es en sueurs. Les électrodes ne collent même plus.
Je rajoute les dérivés nitrés comme je peux, avec ta tension, augmente le Furosémide, augmente l’oxygène. Ca ne va pas mieux. Ta saturation chute plus vite que nous ne préparons les injections. Je sors de la chambre. D’une main, j’attrape la VNI dans le couloir, de l’autre, le téléphone. Je t’explique que de l’eau dans tes poumons t’empêche de respirer et qu’il va falloir que je t’aide avec une machine.  Tu acquiesces, mollement. De toute façon, avec tout ce gaz carbonique, tu es complètement dans le pâté, maintenant. D’une main je règle la machine tant bien que mal (plutôt même assez mal hein…) avec l’oxygène plein pot, un trigger bas, et le reste, ben… comme ça vient, quoi. La pente, la PEEP, toussa… Après tout, je ne suis pas réanimateur, moi. Je suis généraliste. Et même pas encore, en fait : je suis une petite interne de merde. De l’autre main j’appelle ChefDeGarde qui vient d’aller se coucher. Je ne sais plus bien ce que je lui dis mais il a du comprendre Détresse respiratoire… VNI… OAP flash… Intubation parce qu’il a raccroché très vite.
Sous le masque, ta saturation remonte un peu, mais tu restes toujours aussi somnolent, toujours autant en sueurs. Ca graillonne dans tous les sens. Une écume mousseuse affleure à tes lèvres. Les courbes sont un peu moches, alors j’essaie de modifier quelques paramètres. Ca a l’air d’améliorer vaguement les choses.
ChefDeGarde n’est toujours pas là. Tu n’es vraiment pas bien. Je ne sais plus du tout, mais alors plus du tout ce que je peux faire pour t’aider. Enfin, si, je sais QUOI faire, mais je ne sais pas LE faire. Il faut t’intuber. Si ça va pas mieux, on ne va pas y couper. Et ça, je sais pas faire.
Je te regarde, je te parle, je te demande de rester avec moi, de continuer à respirer bien à fond dans la machine, oui voilà comme ça, c’est bien, continuez Monsieur Vampire. Putain de bordel mais il est OU ChefDeGarde ??! Tu vas me claquer dans les mains, et c’est de ma faute, et je suis toute seule…
Je demande à l’infirmière de te poser une sonde urinaire, qu’on puisse savoir ce que tu vas pisser. Parce que tu vas pisser, mon coco. Y’a intérêt. Que cette putain d’eau sorte de tes poumons.
Finalement, ChefDeGarde arrive. Il appuie sur les boutons de la machine et change à peu près tous les paramètres que j’avais rentrés. Je reste à côté de toi pour t’encourager à respirer, c’est bien, voilà. J’entends ChefDeGarde qui me demande ce qui a déjà été passé. Le Furo, le Risordan. La sonde urinaire. Le gaz du sang qui vient de partir. La tropo en cours. La VNI que-je-sais-que-normalement-il-faudrait-pas-parce-que-tu-es-dans-les-choux-mais-je-savais-pas-intuber-alors-je-me-suis-dit-que-quand-même-c’était-moins-pire.
Tu ne t’améliores pas. Mais tu ne t’enfonces pas non plus.
Je continue à te parler. A te dire de respirer profondément. Pendant que ChefDeGarde gère tout et qu’il me dit d’aller me calmer, de respirer un coup l’air du dehors. Mais je n’y arrive pas. C’est de ma faute, tout ça. Alors le moins que je puisse faire, c’est t’encourager à respirer dans cette putain de machine qui t’éloigne peu à peu de l’intubation.
Le deuxième gaz du sang est un peu moins pire. Il est 6h30. Tu transpires moins, et tu as l’air de te réveiller. Et moi je ne suis pas prête de m’endormir. Je reste à te surveiller.
Pour une fois il n’y a personne aux urgences. Il est 8h30. Tu dors maintenant mais tu ne transpires plus. Je te réveille un peu en te re-piquant pour le gaz du sang. Cette fois-ci il est normal. Je te laisser dormir avec le masque.
Il est 9h. L’équipe de jour arrive. Je raconte ce qui s’est passé. J’ai honte. J’ai failli te tuer avec cette transfusion. Parce que j’ai cru que je pourrais me débrouiller seule. Parce que je n’ai pas écouté la clinique, que je me suis laissée gagnée par l’inquiétude provoquée par de simples chiffres. ChefDeJour m’écoute. Me dit de rentrer chez moi. De dormir.
Je rentre à la maison. Mais comment dormir… ?
Je tends la main vers mon carnet. Et j’écris.
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Hiver 2012.
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Je rêve d’un lieu, réel ou virtuel, où j’aurais pu raconter cette histoire à des confrères. Cette histoire, et d’autres. Pour comprendre ce que j’ai loupé. Pour écouter leurs conseils. Pour que d’autres ne fassent pas la même erreur que moi. Pour raconter sans être jugée. Pour lire sans jauger. Où nos erreurs nous permettraient d’avancer, et pas d’être paralysés.
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18 commentaires pour I have a dream.

  1. docteurgece dit :

    PS : à tous les réanimateurs, urgentistes, médecins, étudiants en médecine qui passent sur ce blog. Cet article n’a pas pour but d’être un cours sur l’OAP flash, son traitement, sa prise en charge. Oui, j’ai fait des erreurs, ou des trucs pas dans le bon sens, mais j’étais interne. Mon erreur, je la situe plus haut. Lorsque j’ai cru que je saurais faire seule. Il est là, le piège. Merci.

  2. IO dit :

    Je ne suis pas médecin, même pas un patient (pas encore ^^) juste quelqu’un qui a accompagné un patient en fin de vie. Le récit de votre « erreur » ne me choque pas (la médecine n’est pas une science exacte), ce qui est important pour moi dans votre récit est que vous avez parlé au malade, vous vous en êtes soucié et je vous en remercie du plus profond de mon coeur. J’ai rencontré des soignants qui comme vous voient des êtres humains dans les patients ; j’en ai aussi rencontré qui voyaient des dossiers et des principes (des grands et beaux principes) : c’est à ceux là que j’en veux et que j’en voudrai toujours.

    • docteurgece dit :

      Merci pour votre commentaire.
      En effet, l’erreur est inévitable, et c’est sa gestion et son acceptation qui font qu’elle est plus ou moins « pardonnable » (je ne trouve pas de meilleur mot, même si celui-ci me déplaît…). Le problème est que l’on ne nous apprend pas (ou alors très tard) à dire que l’on s’est trompé. On nous élève dans cette illusion que l’erreur, c’est les autres. Mais sur ce sujet, Brian Goldman s’exprime bien mieux que moi. 😉

  3. docteurgece dit :

    PPS : suite à la très judicieuse remarque de @ChatBoudin voici quelques notes :
    – ECG : ElectroCardioGramme : enregistrement du coeur. Sorte de sismographe.
    – Surveillance TA/FC/Sat/T : surveillance de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, de la saturation en oxygène et de la température. Ces paramètres sont appelés « les constantes », bien qu’ils soient tout sauf constants… 😉
    – Maladie de Biermer : défaut de fabrication d’une enzyme, le facteur intrinsèque, qui permet l’absorption de la vitamine B12 et qui rend les globules rouges gros (macrocytose) et moins nombreux (anémie). Il existe d’autres complications de la maladie de Biermer.
    – OAP : oedème aigu du poumon = extravasation d’eau dans les poumons, par hyperpression dans les vaisseaux, soit lorsque la pression artérielle générale augmente, soit lorsque le coeur pompe moins bien et que le sang s’accumule en amont du coeur (c’est-à-dire au niveau de la circulation des poumons). OAP flash = OAP très très très brutal.
    – Furo : furosémide. Médicament diurétique (= qui fait faire pipi) utilisé dans l’OAP non-flash, surtout.
    – Risordan (ou dérivé nitré) : vasodilatateur utilisé dans l’OAP flash, mais aussi, sous forme de spray sub-lingual, lors des crises d’angor (angine de poitrine).
    – VNI : Ventilation Non Invasive. C’est un masque étanche que l’on positionne sur le nez et la bouche du patient, relié à une grosse machine qui pousse l’air dans ses poumons. La « poussée » d’air est déclenchée par la propre respiration du patient, mais la machine « l’aide » en envoyant une grosse quantité d’air. C’est très très très utile, mais très désagréable initialement comme sensation pour le patient qui a l’impression d’étouffer…
    – PEEP, Trigger, AI, pente : paramètres de réglages de la VNI pour adapter l’aide au patient. Honnêtement, si j’en dis plus sans aller chercher dans Wiki, je vous dirai des bêtises… !!
    – Gaz du sang : prise de sang faite (le plus souvent) dans une artère (du poignet en général) qui permet (entre autre) de regarder la quantité d’oxygène et de gaz carbonique dans le sang, ainsi que son pH (acidité ou basicité).

    Voilà ! Si il y a d’autres questions, ou si vous voulez apporter des précisions, c’est à vous !

    • Tout et rien dit :

      merci beaucoup de prendre en compte ma petite remarque 🙂 et de nous faire partager ce moment qui, je suis sur, à été difficile à vivre. J’espère que ton témoignage et expérience servira aux autres. Très beau billet.

  4. Linoa dit :

    Du coup j’avoue ne pas « voir » l’erreur…. 3 gramme d’hémoglobine que faire sinon transfuser?

  5. Ping : Syntax error | Le blog de Borée

  6. lap1blanc dit :

    Bon. Comment dire.

    Déjà, j’arrive ici par le blog de Dr Borée. Ça c’est pour les stats.

    Alors bon, certes, je pourrais parler de la relation « médecin/patient » alors qu’en soi, j’y connais pas grand chose attendu que mon toubib ‑ que j’ai pourtant choisi consciencieusement et qui a eu, j’en suis sûr, l’impression de subir un interrogatoire de police avant que j’y demande le papier de médecin traitant que j’ai mis 8 mois à envoyer à la sécu ‑ je le vois une fois l’an. Et encore. Quand je suis vraiment, mais vraiment pas bien.

    Mais bon, c’est mon toubib. Puis j’ai récemment découvert qu’elle était parmi les « lectrices émérites Prescrire ». Comme quoi, mon interrogatoire, j’suis sûr qu’il était bon. Puis en plus elle a répondu sans m’envoyer bouler comme certains de ses confrères avant.

    Et puis la dernière fois, c’était une remplaçante. Pour des vaccins. Une nana ‑ pour l’anecdote, du genre mignonne-mais-putain-pourquoi-t’es-médecin-c’est-plus-possible-maintenant-raaaaaah ‑ qui lisait aussi Prescrire (première question de mon plus court interrogatoire, suivi de « la prise de tension, c’est pas forcément obligé »). Non, sans déconner, j’suis ptet résistant à tout un tas de saloperies, ptet rapport au fait que je traine en t-shirt à -5°C et que les dates de péremption c’est juste des guidelines, mais les vaccins, j’fais gaffe. Moi, le tétanos, ça me tétanise, j’crois j’suis allergique.

    Je pourrais parler des erreurs, parce que, quel que soit notre boulot, on en fait tous à un moment donné, c’est humain. On pourrait opposer le fait que là, il s’agit de la vie de gens, et que donc l’erreur n’est pas permise. Perso, je trouve ça con, vu que vouloir retirer cet espèce de « fatalité de l’erreur », c’est un peu comme vouloir retirer l’humanité du médecin. Alors que bon, quand même, si il y a bien des métiers où on fait appelle à l’humanité, c’est dans la santé. Et l’humanitaire, aussi, d’où le nom ; enfin je crois.

    Par exemple, moi (oui, encore, c’est MON commentaire, j’y parle de moi, toc !), si je fais une erreur, selon la gravité, ça peut mener à l’incapacité totale de mon entreprise à produire quoi que ce soit. Bon, ça n’a rien à voir avec la vie des gens, mais en terme de stress niveau « est-ce que je suis pas en train de faire une boulette » et « oh putain mais elle vient d’où cette erreur ? et ça se propage ! Et merde putain c’est quoi ton problème bordel ?! », il y a quand même du niveau. Et, bien sûr, tout ce qu’on peut avoir en guise de « j’ai mal là » c’est « FATAL ERROR : URL or device or path or component or module or whatever-you-want-i-don’t-care is not found. Shutting down all the fracking systems, good luck. xoxo ». Deal with it.

    Mais je ne suis pas venu ici pour parler de ça. Non. Après ces 5 paragraphes inutiles et totalement absurdes-sans-aucun-sens-et-avec-ceci-ma-bonne-dame, je veux juste que la phrase qui suit m’a fait explosé de rire (et le rire est le savon de l’Homme, ou un truc approchant) :

    « Je te regarde, je te parle, je te demande de rester avec moi, de continuer à respirer bien à fond dans la machine, oui voilà comme ça, c’est bien, continuez Monsieur Vampire. »

    (alors, bon, seule comme ça, en dehors du contexte, cette phrase est pas super mega drôle, faut lire le reste du billet, dans l’ambiance et tout ; disons que je la relève parce que c’était le climax du truc quoi)

    Voilà, juste merci, parce que j’suis en train de lire quelques billets du même style et que, du coup, rire dans ce contexte, c’est quand même vachement cool.

    (j’avais promis à Borée de ne plus faire de commentaires totalement dénués de sens)

    (j’ai menti)

    • docteurgece dit :

      Bonsoir Lap1 blanc,
      Alors d’abord, merci pour ce long commentaire.
      Je ne sais pas trop comment je dois prendre le fait de faire exploser de rire les gens… 😉 mais en même temps, si on en pleure, c’est quand-même vachement plus triste… alors rions !
      Sinon, je crois que ça n’est pas si absurde de comparer les erreurs des uns et des autres.
      (et je ne trouve pas ton commentaire dénué de sens… enfin pas totalement !)
      (t’as bien fait)

      • lap1blanc dit :

        Ah mais faut pas m’encourager en plus ! ^^

        Des anecdotes, des « erreurs médicales », j’en ai « plein ». Par exemple la fois où, en pleine nuit, j’ai été réveillé par une vive douleur à la « fosse iliaque droite » au point d’être plié en deux. Bon. Déjà, moi, j’suis pas du genre à me laisser faire comme ça hein, la douleur, je gère, sauf que là j’ai été pris par surprise,, en plein sommeil. Du coup, je me force à me remettre bien droit, pensant d’abord à un faux mouvement nocturne (non pas que la douleur avait quoi que ce soit à voir avec une douleur musculaire, mais bon, quand on est dans le pâté, on réfléchit pas bien). Et, naturellement, je me lève pour aller dans le salon me poser un bout, faut pas déconner.

        Au bout de 45 minutes de « ça fait mal quand même », je me décide à appeler le 112 pour me rassurer un peu, parce qu’avec toute la bonne volonté du monde, à 3 heures du matin, seul, dans le noir, à poil, quand t’as mal, ton cerveau a vite fait de passer en mode « omagad ! omagad ! Am I dying ? » (parce que oui, moi, quand je panique, je parle anglais, c’est plus classe). Ça se finit en « c’est ptet une appendicite, on vous envoie une ambulance ». Je crois que ma blague « nan mais guidez moi pour l’enlever moi-même, vous dérangez pas pour ça » n’a malheureusement pas été appréciée à sa juste valeur.

        Sur le chemin de l’hôpital, assis devant parce que la station assise, ça fait moins mal, le conducteur m’a quand même demandé « vous voulez qu’on mette les sirènes ? ». J’ai hésité entre « est-ce qu’avec ma barbe fournie de 5 jours, je te donne l’impression d’être un temps soit peu un gamin de 5 ans ? OK t’as vu des Lego quand t’es entré chez moi et oui, ce sont les miens, mais uniquement parce que je trouve ça extrêmement créatif » et « oh oui, à fond ! réveillons tous les voisins, j’ai jamais pu les pifrer t’façon ! ». Au final, j’me suis contenté d’un « non, c’est pas la peine ».

        L’hosto. Comment dire… Vous avez vraiment bien fait de demander à changer ces blouses hein, vraiment. Pas que je sois super pudique hein, mais j’aime choisir les moments où je le suis et ceux où je ne le suis pas.

        Mais le moment le plus « traumatisant » aura été la visite du médecin. « Bonjour, je suis le Docteur Bidule ». OK. Et les 8 autres personnes en blouse blanche qui sont entrées avec toi sont…. ? Bon, j’suis pas con, j’ai BAC+5 mention spéciale « passage de tous mes partiels bourré haut la main depuis ma première année de Licence », donc c’est des étudiants, mais bon, ça serait bien de le dire quoi, ne serait-ce que parce que voir un peloton de blouses débarquer, c’est un chouïa angoissant, si j’étais monitoré ça se serait vu !

        Ça encore, c’est rien. « Je vais vous ausculter » n’aura même pas été prononcé, et encore moins « vous permettez que je vous ausculte ? ». J’aurai simplement entendu « levez svp ». Et je suis sûr qu’ils avaient foutu autre chose dans la perf que ce qui était marqué dessus, parce que je jure que ce genre d’attitude, normalement, je laisse pas passer.

        Le pire étant atteint lorsqu’il appela une étudiante (enfin, que je présume comme telle vu qu’on n’a jamais été présenté) et sans me demander quoi que ce soit (genre si ça me dérangeait que quelqu’un d’autre vienne fourrer ses doigts pour appuyer précisément à l’endroit où ça me faisait mal hein, juste ça, trois fois rien) l’a invité à malaxer et trouver « le petit gonflement dur, vous sentez ? » (et je vous JURE que ça ne pouvait rien avoir comme connotation sexuelle à ce moment précis). Elle sentait que dalle, je le savais bien moi, vu que c’était pas DU TOUT là. Elle a vaguement opiné du chef *avant* de, miraculeusement, tomber au bon endroit (où, là, elle a bien compris qu’elle avait trouvé un truc hein, du coup, ça se voit dans le regard ces choses là). Pas que je veuille blâmer la pauvre étudiante hein, ce n’est pas mon propos. Il est difficile de dire « non » lorsqu’on a 8 paires d’yeux qui scrutent, on a tous été dans cette situation, on l’a tous fait.

        Moment drôle tout de même :

        – Pas d’allergie particulière ?
        – Si, au kiwi.
        – Ah. Mince. Ça risque de poser problème.
        – Vous comptez remplacer mon appendice par un kiwi ?
        (apparemment, là encore, la blague n’est pas passée)
        – Non, mais les allergiques au kiwi sont en général allergiques au latex, et les gants de chirurgie sont en latex.
        – Pour le latex, je vous affirme que je n’ai aucune sorte d’allergie. Prouvé par l’expérience.
        (apparemment, l’allusion ET la blague ne sont pas passées non plus, on ne la lui fait pas, au Docteur Bidule ; moi en tout cas ça m’avait quand même fait rire)

        Quelle est « l’erreur » dans tout ça ? Le scanner n’a RIEN révélé. Du coup, c’était pas une appendicite apparemment. C’était autre chose. Et c’est parti d’un coup (en fait, avant le scanner je n’avais presque plus mal, mais je pensais que c’était dû à ce qu’ils avaient foutu dans la perf, cet espèce de mélange de paracétamol et de THC là…).

        Du coup, Docteur Bidule, je sais pas ce qu’il a fait après, j’l’ai jamais revu, mais il a une étudiante qui a appris à trouver une appendicite qui n’existait pas. Heureusement que les scanners existent hein ! (bien que bon, l’introduction du liquide (de contraste ? ou est-ce que c’est par IV qu’on le met lui ? Je sais plus, je crois que c’est la dernière solution cependant) dans l’organisme pour ce genre d’évènement ne soit pas des plus glam’, quand bien même je ne sois pas « coincé » de cette partie, j’ai connu plus agréable….)

        Alors, là, rien de grave hein, vraiment, ça n’a RIEN à voir avec les erreurs qui auraient pu coûter la vie à un patient. Et, après tout, ce n’est pas *réellement* une erreur, vu qu’il n’y a rien eu et que le scanner a infirmé le premier diagnostic et empêché une opération inutile. Mais tous ces détails (l’attitude du médecin, les blouses, la bouffe, le fait qu’on ne m’ait pas expliqué grand chose et qu’heureusement j’ai déjà quelques notions vagues de médecine, etc.) font que bah… Ça a peut-être tendance à diminuer la tolérance à l’erreur, je sais pas…

      • docteurgece dit :

        Ce que tu décris est vraiment représentatif de ce qui se passe à l’hôpital… et que j’ai même sans doute fait quand j’étais plus jeune, sans le faire exprès. Depuis que je suis à l’hôpital, j’essaie au maximum de ne pas parler d’un patient devant lui à la troisième personne du singulier, de dire qui je suis et d’expliquer ce que je vais faire… mais je ne peux pas jurer que je n’ai jamais laissé un patient avec des questions, et je sais qu’aux urgences, lorsque les minutes s’égrènent avec une lenteur intenable côté patient, elles s’envolent à la vitesse grand V côté soignants.
        C’est finalement lorsqu’on passe de l’autre côté du miroir qu’on comprend le mieux… encore plus quand on fait le chemin plusieurs fois… 😉
        Bref, merci de ton témoignage, et moi je trouve tes blagues très cools ! J’ai souvenir d’un patient à 5h du matin aux urgences à qui je demandais un peu mécaniquement si il avait des allergies et qui m’a répondu le plus sérieusement du monde : « Oui. Aux cons. » avec un grand sourire. Merci à lui, d’ailleurs, il m’a tirée de ma torpeur en me faisant bien rire.
        Bien à toi.

      • lap1blanc dit :

        Bah si mon témoignage peut servir, j’en suis ravi.

        J’ai cette tendance à essayer de dédramatiser les situations dramatiques. Le mec qui pique des fou-rires aux enterrements, c’est moi. Franchement, cette aptitude passe pas toujours très bien, surtout auxdits enterrements (mais j’ai déjà tout prévu, au mien, y aura des clowns !).

        Puis bon, le stress, c’est pas bon pour la santé t’façon, hein ? Donc quand on est hospitalisé, je pense que ça n’aide en rien à la guérison :p

  7. caroline dit :

    je suis infirmière dans un service où on transfuse beaucoup quotidiennement et des personnes âgées en plus. Biensûr que 4 culots, si vite, c’est trop mais comme vous le dites personne n’est à l’abri. Il est pale, il est jeune, il commence à avoir des signes cliniques manifestes… votre erreur ne me choque pas. Je suis juste hallucinée qu’un interne puisse faire une telle prescription sans qu’aucun garde fou n’intervienne : le chef, l’infirmière, le CTS… je le remarque à mesure que a carrière avance, les plus graves erreurs sont souvent quasi collégiales. Biensûr, la responsabilité médicale est là, cette sacrée responsabilité. Mais c’est se foutre de la tronche du monde de se cacher derrière! après, on parlera de travail d’équipe!
    en atendant, votre conduite, dans l’urgence, auprès du patient est exemplaire. Il m’aura fallu être la patiente vivant une urgence vitale pour comprendre à quel point on a peur dans ce moment là et combien les mots et la reassurance sont importants

    • docteurgece dit :

      Merci beaucoup pour votre commentaire. En effet, ce genre d’erreur ne se produit pas, en temps normal, parce qu’à chaque étape de la chaîne, un maillon contrôle la prescription, jusqu’à sa réalisation. En temps normal. Et parfois, pas. Mais cette histoire a le mérite de m’avoir permis d’avancer. De penser chaque décision, chaque prescription. Et de soigner mes patients, et non leur bilan. Et surtout, de savoir dire, lorsque l’on s’est trompé. Même si, en vrai, eh ben c’est vachement difficile.
      Au plaisir,

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