Ultra Violence.

 Je T'abime
Récemment, j’ai suivi une formation sur les violences conjugales. En fait, c’était plutôt sur les violences tout court.
J’avais vraiment très envie d’y aller. D’abord, parce que ma copine Docteur Milie y allait aussi et que ça me faisait plaisir de la voir. Ensuite, parce que deux des experts étaient des super stars de la violence, les Dr Gilles Lazimi et Dre Muriel Salmona (<- Oui oui ! Celle-là même dont parle – presque – tout le temps Opale !!). Enfin et surtout, parce que j’avais vraiment l’impression d’être une bille en violences et que donc ça ne pouvait pas faire de mal.
Depuis quelques temps, déjà, j’essayais de donner une place à la recherche et au dépistage des violences. Mais j’avoue que ça n’était pas facile. Soit il s’agissait de patient.e.s que je connaissais depuis quelques mois et je me voyais mal leur dire « Ah oui et sinon, ça fait 10 mois qu’on galère sur vos problèmes de torticolis et de douleurs partout / vos problèmes de sommeil / votre anxiété généralisée, mais en fait, vous n’auriez pas été ou ne seriez pas victime de violences par hasard, hein ? ». Soit il s’agissait de nouveaux/elles patient.e.s et là, j’avais pris l’habitude de poser la question dans l’interrogatoire initial, entre « Est-ce que vous fumez ? » et « Savez-vous si vos vaccinations sont à jour ? ». Et A CHAQUE FOIS, je croisais fort fort fort les doigts pour pas qu’ils/elles répondent « Oui. » parce que je n’aurais pas bien su quoi faire…
Bref, mon potentiel d’amélioration était infini.
Déjà, grâce à mon groupe de pairs magique, j’avais un peu commencé à déblayer le terrain. Parce que l’un des cas rapporté concernait une victime de viol et que du coup on a décidé de demander l’aide et l’éclairage d’Opale. Et juste déjà rien que ça, rien que son regard et ses conseils sur notre rôle et notre attitude de soignants, ça a été énorme. (Merci Opale !!)
Le séminaire a commencé comme ça : « On a tous des patient.e.s qui, quand on voit leur nom sur le carnet de rendez-vous, nous font soupirer… »
Oui, des comme ça, on en a. C’est pas qu’ils sont méchants, c’est pas qu’ils sont pénibles, c’est surtout qu’ils nous font nous sentir impuissants. Qu’ils ont mille problèmes et qu’on arrive à en régler aucun. Qu’on a tout essayé et qu’on ne comprend pas comment on pourrait les aider. Qu’on voit bien que c’est dans la tête, et eux aussi sans doute (s’en doutent… ?) un peu, mais malgré tout on ne parvient pas à les soulager.
Eh bien j’ai appris que pour nombre de ces patient.e.s, effectivement, c’est « dans la tête ». Ou plus exactement « dans le cerveaux ». (Je vais y venir).
Tout ça pour vous dire que cette formation a changé ma façon de voir les choses. Elle les a à la fois rendues plus sombres, parce que je ne me doutais pas que les violences puissent être aussi répandues. Mais elle m’a aussi aidé à comprendre le fonctionnement du psychotraumatisme dont les victimes sont… victimes ( ! ), et donc à le prendre en charge.
Voici donc ce que j’en ai retenu :
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Quelques chiffres, d’abord.
(issus du séminaire et du très riche site http://www.memoiretraumatique.org)
 – 1 patiente sur 4 en médecine générale a été victime de violences au cours de sa vie,
 – 10% des femmes de 20 à 59 ans ont été victimes de violences conjugales dans l’année précédente (enquête ENVEFF, 2000),
 – 146 femmes décédées des suites de violences conjugales en 2013, soit 22% des homicides (OND, 2008),
 – 16 % des femmes et 5 % des hommes ont subi des tentatives de viol ou des rapports forcés dans leur vie, en majorité avant 18 ans (enquête CVS, 2007),
 – Les violences sont présentes dans tous les milieux socio-culturels ; elles sont très peu identifiées et dénoncées (moins de 10 % des viols font l’objet de plaintes, OND 2008).
Une patiente sur 4 en consultation de médecine générale, ça laisse songeur, n’est-ce pas… ?
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Repérer et dépister les violences.
Parce qu’un film court vaut mieux qu’un long discours, je vous recommande très TRES chaudement de prendre 17 minutes pour regarder celui-là :

Anna

Les points d’appels, quant à eux, sont aussi variés qu’aspécifiques : physiques (coups, fractures, blessures), troubles psychologiques (hyperémotivité, anxiété, dépression, tentatives de suicides), abus de substances (addictions), conduites dangereuses, troubles digestifs (douleurs abdominales, colopathie, constipation), troubles du comportement alimentaire, troubles psychosomatiques (syndromes douloureux chroniques, tableaux douloureux divers, céphalées, asthénie, engourdissements, fourmillements, palpitations, difficultés à respirer, troubles du sommeil…), maladies chroniques déséquilibrées, troubles gynécologiques (IST, dysménorrhées, vaginisme, refus d’examen gynéco, grossesse non désirée, IVG, déclaration tardive ou grossesse mal suivie, prématurité, mort fœtale in utero, fausse couche spontanée…)
Certaines victimes présentes quant à elles d’authentiques Syndromes de stress post-traumatique (PTSD) http://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique : cauchemars, flash back, pensées intrusives, réactions exagérées provoquées par « un évènement gâchette » qui rappelle les violences, évitement de ce qui pourrait rappeler la scène traumatique, hypervigilance, sursauts, insomnie, irritabilité, troubles dissociatifs « déréalisation » et « dépersonnalisation ».
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La mémoire traumatique.
Bon, donc c’est là que tout va devenir limpide pour vous. Et que vous allez enfin comprendre pourquoi la maman de Jaddo lui a dit « Moi, quand je m’endors pendant une consultation, je me méfie. C’est souvent qu’il y a une histoire de violence. »
Donc, en gros, pour faire simple*… (et ici pour le film qui explique tout pareil)
Quand vous êtes soumis à un stress (Vous marchez sur un chemin de campagne. Il fait beau. Les oiseaux chantent. Soudain, sur votre gauche, vous voyez débouler un loup.) votre amygdale (réponse immédiate) s’allume de façon réflexe et se met à sécréter les hormones du stress (adrénaline et cortisol) qui vont permettre à votre corps de réagir si nécessaire (les battements de votre cœur s’accélèrent, vous arrêtez de digérer le petit pot de beurre et la galette de mère grand, vos pupilles se dilatent, etc.).
Dans un deuxième temps (mais pas trop longtemps après, hein !) votre cortex pré-frontal entre en scène. Il va analyser les données (« Ah bah non c’est pas un loup en fait, c’est un lapin » ou alors « Ah bah oui c’est bien un loup, bon, il est petit et il est loin mais quand-même c’est badant »), les comparer aux expériences antérieures (« Ah mais donc ça va alors, un lapin c’est pas méchant ! » ou « Clairement il doit avoir aussi peur que moi, le loup… »), et moduler la réponse de l’amygdale (« Déstresse, mec. » ou « Courage, fuyons ! »).
Le cortex va également avoir pour rôle de traiter et d’intégrer l’information (comme un disque dur) et de la stocker sous forme de mémoire autobiographique dans l’hippocampe. C’est grâce à cette mémoire que vous pourrez raconter le lendemain vos mésaventures – peut-être en riant de votre méprise (Bah oui, c’était un lapin, quoi…) ou avec une pointe d’émotion (Bah oui, un bébé loup, quoi !!) – mais sans pour autant que vous soyez envahis par l’angoisse à nouveau.
Système limbique (Copyright M. Salmona)

Système limbique (Copyright M. Salmona)

Ca, c’est quand ça se passe normalement.
En contexte de traumatisme, en raison du caractère répété, traumatisant/inconcevable ou horrible/épouvantable des faits, le cortex pré-frontal ne remplit pas son rôle.
L’amygdale s’allume et entraîne la sécrétion d’adrénaline et de cortisol mais sans être modulée par le cortex pré-frontal. L’amygdale sécrète de plus en plus d’hormones, cardio et neurotoxiques, et la seule façon pour l’organisme d’échapper au survoltage est de « déconnecter » ou « faire disjoncter » l’amygdale (sous l’influence de neuromédiateurs endorphiniques et kétamine-like), entrainant un arrêt brutal de la sécrétion hormonale. C’est cette baisse brutale des hormones du stress alors même que le danger persiste qui créé le sentiment d’irréalité, de déréalisation et de dissociation que rapportent les victimes. Comme si elles regardaient la scène de l’extérieur.
Par ailleurs, le cortex pré-frontal ne remplissant pas son rôle, il ne permet pas non plus l’assimilation et l’intégration de l’information sous forme de mémoire autobiographique : la mémoire de l’incident reste stockée, intacte, dans l’amygdale, sous forme de mémoire traumatique.
Ces deux dysfonctionnements (dissociation et mémoire traumatique) permettent de comprendre deux manifestations fréquentes chez les victimes de psychotraumatismes :
– le syndrome de stress post-traumatique : la mémoire traumatique est réactivée à n’importe quel moment, par un événement apparemment anodin, et donne à la victime l’impression de revivre la scène intacte, y compris le sentiment de mort imminente qu’elle a ressenti à l’époque
– les conduites dissociantes : pour empêcher la mémoire traumatique de l’amygdale de refaire surface, les victimes cherchent à faire disjoncter leur amygdale, soit par la consommation d’alcool ou de drogues, soit par une mise en danger (sports à risque), soit en cherchant à recréer des situations traumatisantes (rapports sexuels avec des inconnus, retour au domicile du conjoint violent…)
C’est en comprenant le principe de la dissociation que j’ai compris pourquoi il est si difficile pour une femme de quitter un conjoint violent (en dehors de toutes les raisons familiales, financières et sociales évidentes) : la dissociation est la seule façon de ne pas être assaillie par la mémoire traumatique des violences antérieures !! C’est un mode de survie !
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Et puisque je vous ai promis de vous expliquer pourquoi la maman de Jaddo a raison, voilà :
L’être humain est programmé pour être empathique : c’est-à-dire que grâce à l’activation d’un « neurone miroir » nous pouvons comprendre ce que ressent la personne en face de nous (par exemple, j’ai mal à l’intérieur de moi quand je vois un joueur de foot qui fait un tire, glisse, et finit par se prendre un poteau de but juste dans les roustons)  Du coup, lorsqu’on est face à quelqu’un de « dissocié » on ressent… rien. Comme lui. Il est anesthésié. Et nous, on s’endort. (Enfin, façon de parler).
Ah oui ! Et je vous ai dit que ce séminaire m’a donné un peu d’espoir (oui parce que jusque là, y’a surtout eu beaucoup de neurobiologie, hein !). Bon, et ben la bonne nouvelle, c’est que le cerveau est plastique (enfin, y’a de la plasticité cérébrale, quoi !) et que donc, en travaillant suffisamment, on peut aider les victimes à donner du sens aux mécanismes déclencheurs d’attaques de panique et à intégrer la mémoire traumatique de l’amygdale sous forme de mémoire autobiographique dans l’hippocampe.
Mais pour en savoir plus sur la conduite à tenir face à une victime de violences, je vous renvoie à l’excellent billet (à venir) que fera Docteur Milie (non non, je ne lui mets pas DU TOUT la pression…).
Et évidemment, à ne pas oublier.
Si vous êtes victime ou témoin de violences, voici les numéros que vous pouvez contacter :
– Police ou Gendarmerie : 17 ou 112
– Allo Enfance en Danger : 119
– Violences Conjugales : 39-19
– Viol : 0 800 05 95 95
– Institut National d’Aide aux Victime et de Médiation / 08Victimes : 08 842 846 37
– Maltraitance des personnes âgées et/ou handicapées : 36-77
– AVFT Association contre les violences faites aux femmes au travail : 01 45 84 24 24
– CIDFF Centre d’information sur les droits des femmes et des familles : 01 44 52 19 20
et de façon plus générale -> Que faire en cas de violences ?
* Si vous voulez faire plus complet, surtout SURTOUT cliquez ici http://memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/origine-et-mecanismes.html et tant que vous y serez, lisez tout le site internet !!
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47 commentaires pour Ultra Violence.

  1. Opale dit :

    Merci pour toutes les victimes de violence que tu vas pouvoir aider .
    Des bisous 🙂

  2. Pascal CHARBONNEL dit :

    Merci de ton témoignage
    Et pourtant, c’est une formation que nous avons failli annuler faute de participants.

  3. YannnSud dit :

    NB la dissociation n’a pas forcément besoin de substances pour survenir hein, la « simple » activation anxieuse rappelant le ou les traumas peut largement suffire.

    • docteurgece dit :

      Oui oui tout à fait. Mais il me semble l’avoir évoqué avec notamment l’exemple des femmes qui restent avec leur conjoint : elles sont anesthésiées par les épisodes répétés de violences. C’est terrible… j’ai vraiment appris beaucoup de choses lors de cette formation…

  4. Killerjeff dit :

    Post très intéressant pour comprendre les mécanismes du cerveau.
    A propos du « neurone miroir » j’avais vu cette vidéo sur youtube sur le fonctionnement du cerveau qui en parlait https://www.youtube.com/watch?v=7GiQuG2S26Q (chaîne très éducative sur la vulgarisation scientifique au passage)

  5. Ping : Gynécologie, soins des femmes | Pearltrees

  6. elihah dit :

    Merci merci merci.

  7. ASK dit :

    Top giga intéressant ce post ! Merci. La partie sur la mémoire traumatique est vraiment passionnante. Bon, sinon, ce n’est pas pour me faire taper dessus hein 😉 , mais concernant les chiffres, c’est horrible ces 146 femmes décédées suite à des violences conjugales, mais y a aussi (même si c’est beaucoup moins fréquents) des mecs qui y passent. Je crois d’ailleurs que les chiffres ont légèrement baissé pour les femmes, mais stagné pour les hommes. Bon bref, tout ça pour dire que même si tu le sais mieux que moi, ça concerne aussi un peu les hommes et qu’on n’y pense pas forcément.

    • docteurgece dit :

      Tu as raison au sujet des hommes. Je n’ai plus les chiffres en tête mais je crois que c’est de l’ordre d’une dizaine ou vingtaine. Ce qui est toujours trop. Et on oublie aussi les enfants, victimes directes ou collatérales…
      Mon billet est écrit « au féminin » mais c’est seulement parce que le mot « victime » est féminin. J’essaie de poser la question à tous mes patients, hommes ou femmes.

      • Pitchoune dit :

        Toutefois, ne pas oublier que les 3/4 des hommes assassinés par leur compagne ou ex-compagne le sont de façon réactive, parce qu’ils lui ont fait subir des violences. Celles-ci tuent donc en situation de légitime défense, parce qu’elles ne supportent plus leur violence, ou/et pour protéger leurs enfants. En revanche, ce qu’il faut aussi savoir, c’est que les mêmes causes (la violence subie) semblent avoir des effets différenciés suivant le genre de la personne (et le genre est très très souvent conforme au sexe): les femmes semblent fortement tendre à continuer à subir des violences, les hommes semblent quant à eux tendre à retourner la violence sur plus faibles qu’eux (ou personnes supposées, reconnues comme plus faibles). Et j’insiste sur le « tendre à », parce qu’il s’agit d’une tendance et non d’une règle.

  8. BERTON dit :

    Anesthésie+mécanisme de dévalorisation, auto-dépréciation, honte…
    Merci pour votre témoignage.
    Le combat est rude, le déni puissant, les outils pour aider les victimes encore mal connus et mal appliqués (dans ma ville, je déconseille d’aller porter plainte pour violence sans être accompagné par une association d’aide aux victimes)
    Et les médecins, quand ils s’engagent, peuvent toujours être condamnés pour ‘ »intrusion dans la vie privée de la famille »
    Il est donc très important de travailler en réseau, d’être en contact, de relayer les informations comme vous le faite.
    Un autre grand risque : l’épuisement. Car commencer à repérer les victimes est source de grande complicité dans la pratique. Et dans le lien avec les confrères.
    A propos de cette formation qui a faillie être annulée : comme diffuser l’information?
    Pour ma part j’ai eu connaissance de votre post par l’INAVEM dont je suis les publications sur Facebook.
    Merci pour votre énergie et votre travail

    • docteurgece dit :

      Je crois que c’est justement le rôle de la MIPROF que de faire connaître ces violences et d’aider au repérage et à la prise en charge par les médecins mais aussi par les SF, les assistantes sociales, les forces de l’ordre et les avocats.
      Par exemple, ils organisent un colloque le 20 novembre à Paris. Et je crois qu’ils ont œuvré (avec succès !) pour l’intégration des violences au programme de l’internat/ECN.
      Peut-être en googlant « MIPROF » trouverez vous des infos sur les formations… ?

  9. Pour le après, pour aider à la reconstruction des victimes, il y a divers méthodes possible, une qui peut être très efficace, testée par mon entourage, c’est l’EMDR.
    Je sais que le fonctionnement peut sembler étrange mais ça marche vraiment très bien.
    Donc si ça peut aider…

  10. Super post ! Pleins d’infos, et tres clair en meme temps. Je ne connaissais pas votre blog, je m’en vais de ce pas decouvrir les autres articles.

  11. Ezrine dit :

    Génial, merci pour ce post, merci à Opale (elle est décidément top !) et à Jaddo avec son alarme bidale !
    Je viens de lire l’excellent livre de Catherine Gueguen « pour une enfance heureuse » et qui parle des études sur le cerveau appliquées à l’éducation des enfants (le sous-titre est « repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau »).
    Elle raconte entre autres pourquoi un enfant n’est pas capable de réagir comme un adulte (son cerveau n’a pas encore la maturité nécessaire pour la gestion des émotions par exemple).
    Et sur l’amygdale dont tu parles, elle nous dit qu’elle est impliquée dans notre mémoire émotionnelle inconsciente. C’est-à-dire à un âge où l’on ne mémorise pas « consciemment » parce que notre hippocampe n’est pas encore mature (c’est le black-out de la petite enfance), notre amygdale est elle en revanche parfaitement efficace. Cela signifie qu’un traumatisme précoce pourra s’y imprimer et je cite « entraîner des perturbations mentales et comportementales à l’âge adulte, par des mécanismes inaccessibles à la conscience ». L’amygdale n’oublie pas, elle ! ça tord le cou aux idées du type « laisse le donc pleurer tout seul ça-lui-fera-les-poumons (OMG on l’entend tellement celle-là…), de toutes façons, il ne s’en souviendra pas ! »
    Evidemment, comme tu le précises, le cerveau est extrêmement plastique, les réparations/guérisons sont tout à fait possibles.
    Et sur les violences, il me semble important d’ajouter que là aussi cela commence souvent dans l’enfance (plusieurs centaines d’enfants en meurent chaque année en France !) : voir le très bon site d’Olivier Maurel, l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire : http://www.oveo.org/

    • docteurgece dit :

      Merci pour votre long commentaire !
      En effet il semblerait que l’amygdale commence à « stocker » les informations émotionnelles dès le 3ème trimestre de grossesse… !

  12. K. dit :

    Ce post est super pour sensibiliser à la situation des victimes de violences. ce qui est expliqué ici, il faudrait que tous les médecins le comprennent. je le pense vraiment.

    Pourtant un truc me gène : le « c’est dans la tête ». Pitié. on peut être à la fois victime de violences/viol ET malade, pour de bon, d’autre chose qu’un truc qui serait « dans la tête » ou provoqué par les violences. C’est parce que personne ne veut croire cela que je ne reçois pas de soins depuis des années.

    D’abord parce que mon traumatisme d’agression est lié aux examens médicaux qui sont un trigger terrible de mes reviviscences traumatiques et de mes pensées intrusives, je suis vue comme une patiente hystérique et chiante avec qui on a déjà perdu trop de temps, qui veut se faire traiter en princesse, ou qui refuse tout examen (alors que j’explique qu’il faut juste en parler d’abord).
    Mais aussi parce que, quand je rencontre un soignant un tant soit peu sensibilisé à ce que je vis, il part du principe que tout les symptômes dont je me plains sont forcément liés à ça et sont « dans ma tête ». J’ai des problèmes digestifs graves depuis l’enfance : « oh oui c’est connu, ça arrive aux victimes de viol ». ça arrive aussi aux malades de crohn, et les rectocolites hémorragiques ne sont pas existantes seulement chez les victimes d’agression.
    néanmoins, on ne me fait pas d’examens, parce que, je cite : c’est dans la tête. ça vient de votre agression.

    Idem avec mon diabète qui n’a jamais pu être équilibré (glycémies élevées depuis l’enfance, mais jamais reconnues comme diabète avant l’âge adulte, parce que, (je cite avec effarement) : « les enfants n’ont pas de diabète de type II. vous serez diabétique quand vous aurez 50 ans voyons ! » Finalement à 29 ans et près de 4g de glycémie, ils ont du se rendre à l’évidence….
    => Aujourd’hui si un médecin apprend que mon diabète n’est pas équilibré avec les fortes doses de médocs qu’on m’a prescrit, il part du principe que c’est (je cite avec effarement) : « du diabète psychologique du aux violences que vous avez subi ». Et on s’arrête là. pas d’examen. jamais eu de prise de sang pour qu’on me détermine le type de diabète dont je souffre ni qu’on me propose de traitement adapté (j’ai bientôt 38 ans). Pire, comme l’obédience psychanalytique grouille en france, on rajoute souvent une petite phrase (ou 15 ou 20) sur le fait que j’ai voulu que tout ça m’arrive, que j’ai souhaité être traumatisée et que je suis diabétique de façon psychologique de mon propre chef, je souhaite être malade, c’est pour ça que les médicaments ne marchent pas. (oui, tout ça, je le cite de mémoire. Et toujours, avec un énorme effarement).

    si j’ai des problèmes gynéco et un tas de douleurs et de dysménorrhées, c’est peut être à cause du viol que j’ai subi. C’est ptet aussi parce que le diabète fout aussi le bazar de ce que côté là. c’est ptet à cause d’autres problèmes gynéco et surtout hormonaux qui n’ont rien à voir. mais ça, on ne le saura jamais, parce que je ne peux pas être reçue par une endocrino sans qu’il se passe soit une chose, soit une autre : dans 99% des cas de fortes humiliations et mépris sur mon surpoids, et une incitation à vite faire la merveilleuse opération de l’anneau (à moins de 5mn de consult en moyenne, et le refus de faire quoi que ce soit d’autre pour moi). OU, si j’ai eu l’occasion de parler de mes difficultés traumatiques pour vivre l’examen, une certitude du médecin qui se met en place que « ahh, voilà, je m’en doutais ! tout ça c’est dans la tête alors ». Et voilà, pas d’examen, pas de soins. On m’enjoint à aller voir un psychologue comme si je les avais attendus pour y songer. (je travaille pour régler ce pb depuis plus de 10 ans). On m’enjoint à essayer d’être moins traumatisée et ça ira, au revoir madame (hmm là encore j’y avais jamais pensé, tudieu. c’est pas con pourtant !! pff je dois être si stupide…)

    Bref… :/

    C’est super, vraiment, de comprendre les difficultés des patients dans ce domaine et d’imaginer que ça peut créer des pathologies associées. le mot clef c’est « ça PEUT ». c’est pas pour ça que ces patients ne souffrent QUE de ça ou que c’est la cause absolue de tout ce qu’ils ont, même quand c’est typique comme les problèmes de colon ou les dysménorrhées. Au mieux peut-on dire que ça vient de là après une série d’examens qui n’a pas démontré de causes physiques, certainement pas avant ni par principe.

    • docteurgece dit :

      Merci pour votre réponse. Je pense que je me suis mal exprimée quand je disais que les symptômes sont « dans la tête » : je parlais des patients chez qui tous les examens ont été fait et s’avèrent normaux et chez qui on n’arrive pas à expliquer les symptômes. Des ces cas-là, effectivement, la recherche et la prise en charge de violences passées ou actuelles sont une bonne piste.
      Mais du coup, ça n’est pas le cas que vous décrivez. Je suis d’ailleurs désolée que votre parcours médical soit si inadapté à votre demande… voire que certains soignants aient eu des propos plus que limite.
      Je vous souhaite une bonne continuation et du courage pour la suite.

      • K. dit :

        merci pour votre réponse.
        Je comprends ce que vous dites quand vous écrivez « je me suis mal exprimée quand je disais que les symptômes sont « dans la tête » : je parlais des patients chez qui tous les examens ont été faits ». Je l’avais d’ailleurs compris à peu près comme ça vous concernant (je suis votre blog par intermittence et vois passer vos tweets via des RT, je ne doute pas de votre mentalité).

        Ce que je souhaitais mettre en valeur c’est que cette phrase « c’est dans la tête », à cause du mauvais usage régulier qui en est fait par tout un tas de gens, a fini par devenir très stigmatisante et insultante pour les personnes à qui on la sert.

        l’expression proche « c’est psychosomatique » a le même côté stigmatisant et insultant depuis son fort usage dans les années 80/90. Ca ne devrait pas, parce que ça fait référence a des réalités, certains problèmes sont réellement causés par ces atteintes psychologiques, et ne sont pas des problèmes secondaires pour autant en effet. Y faire référence de cette façon devrait être simplement descriptif et non former un jugement de valeur. Je veux bien croire que pour quelques médecins, c’est ainsi qu’ils le voient ET le disent (vous entre plein d’autres).

        Hélas donc et au contraire de cette vision respectueuse, ces termes sont très souvent utilisés par vos confrères pour disqualifier les patients au quotidien – selon le paradigme « les *vrais* malades vs les autres » ou « les malades *malades* vs les malades hypocondriaques ». On leur refuse des soins sur cette base, on les humilie sur cette base, on les juge sur cette base. Il arrive également qu’on les brime, sur cette base. (je cite une nouvelle fois avec effarement : « aïe docteur vous m’avez fait très mal – bah au moins vous vous plaindrez pour quelque chose maintenant hahaha »).

        Cette mauvaise utilisation de ces termes c’est la source d’énormément de violences médicales et d’erreurs médicales. Et hélas encore, il y a de fortes chances que même si on utilise ce terme comme vous le faites, il soit mal reçu par les malades qui ont déjà souffert de son dévoiement. (personnellement il m’insulte et m’humilie, vraiment, et je ne suis pas la seule).
        Médecins qui me lisez, s’il vous plaît, prenez le en compte avant de servir ces termes à qui que ce soit, même avec de bonnes intentions/une mentalité respectueuse.

  13. Aurélie dit :

    Bonjour, très interessant.
    J’ai moi-même été victime de violence conjugale et j’ai eu bcp de mal à quitter mon mari.
    J’ai vécu des dépressions, insomnies, lumbagos, sciatiques, torticolis, absences de règles, et plein de petites maladies (rhumes, trachéites, rhinobronchite, angines).
    Le 1ier médecin que j’ai vu avait vu juste : je lui ai raconté débuter une depression mais avoir peur des médicaments, et que mon futur mari m’enpechait de me soigner, prendre un arret maladie, des medicaments, voir un psy…Là il m’a répondu « Il est peut être temps de ne pas vous marier avec lui, si vous ne vous entendez pas ». A la la, si je l’avais écouté, je n’aurai jamais été aussi malade par la suite, si malheureuse et je n’aurai pas divorcé au bout de 2 ans de maladie quasi sans interruption et de malheur !! C’est le médecin généraliste remplaçant, il était gentil, doux, et avait vu juste dès le 1ier RV. Le médecion généraliste habituel, lui, savait aussi certaines choses, mais il soignait les maladies, pas les causes. En plus il connaissait mon mari, et il a l’air gentil comme ça. Aussi, j’avais des gros soucis de harcèlement au travail, donc le MG a cru que c’etait du à ça, et ça l’etait en partie mais la violence conjugale etait la grande cause je pense de tous mes maux. Par contre ce qui est honteux, c’est que j’allais voir une psychologue a qui j’avais raconté les coups, insultes, menaces de mon mari et elle n’a rien fait que me répondre « oh, ce n’est pas grave, c’est pasque vous êtes malade tout le temps… » . Elle aurait du m’expliquer au moins le cycle de la violence conjugale, me déculpabiliser et m’adresser à une association contre la violence conjugale. Voilà, aujourd’hui cela fait un an que j’ai quitté mon mari, je n’ai plus de dépression, maux de dos, absence de règles, mais encore le traumatisme (cauchemards), et la peur des hommes, et des petites maladies. Je vous souhaite d’arriver à aider les femmes victimes de VC, leur poser tout simplement la question est très bien, peut etre faut il aussi détailler car souvent les insultes, humilliations, violence psychologiques sont terriblement destructrices. Donc demander « subissez-vous de la violence psychologique ou physique de la part de votre mari ? » serait pas mal ? Bonne continuation et merci pour votre blog.

    • docteurgece dit :

      Bonjour et merci pour votre témoignage. Il explique bien que ça n’est jamais facile de prendre une décision et que les « Si elle reste c’est qu’elle y trouve son compte » ont encore la vie dure…
      Vous avez raison d’insister sur le fait que la violence psychologique est une forme de violence, au même titre que les autres. La semaine dernière, une patiente m’a dit : « Oh mais ce ne sont QUE des mots, il ne m’a jamais frappée, alors ça va… ». On a discuté longuement mais je crois qu’il faudra du temps pour que tout ça fasse son chemin.
      Je vous souhaite du courage pour les temps à venir.
      Bien à vous, Gécé.

  14. Céline dit :

    Oups….
    Je disais donc Merci pour cet article, qui peut servir à TOUS les médecins. Aux urgences on croise aussi souvent les victimes de violences et je suis persuadée de ne pas toutes les repérer…celles qui « viennent pour rien aux urgences » ont sans doute aussi des choses à nous dire …;
    Votre billet me pousse à être plus attentive, attentionnée et aussi à comprendre leur mode de raisonnement…

    • docteurgece dit :

      Je crois que nos chemins se sont croisés aux Urgences, Céline… 😉
      Bonne continuation !

      • Céline dit :

        Sérieusement? Probablement dans le Sud Ouest et dans des conditions un peu difficiles alors…Mon e-mail a du me trahir 😉
        Bonne continuation également ! Je vous lis avec plaisir en tous cas..

  15. M.O Garcia dit :

    Je suis d’accord avec la personne qui a parlé d’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), c’est une psychothérapie initiée par Francine Shapiro aux US, d’abord avec les vétérans du Vietnam ou d’Irak, qui existe depuis presque 25 ans maintenant et qui se développe depuis 1994 en France. Evaluée scientifiquement par de nombreuses recherches en psychologie, recommandée pour le traitements des ESPT, dépressions, anxiété généralisée, phobies, deuil pathologique, tous les traumatismes, « simples » (un « gros » traumatisme unique) ou « complexes (traumatismes chroniques) liés à l’histoire de la personne. Elle est basée essentiellement sur ce qu’on appelle le « traitement adaptatif de l’information » (TAI) et les processus neuraux de traitement et de mémorisation des évènements dont vous parlez dans votre article.
    A lire notamment : « Des yeux pour guérir » de Francine Shapiro ou les livres de Jacques Roques (par exemple « EMDR une révolution thérapeutique »)
    Je vous joins un lien vers la page facebook d’EMDR Europe.
    https://www.facebook.com/EmdrEuropeAssociation?fref=ts
    En espérant que ce post suscitera de l’intérêt sur l’apport immense de cette approche qu’on n’hésite plus à qualifier de « révolutionnaire » .
    M.O.G (psychologue clinicienne, psychothérapeute)

  16. Emma dit :

    Passionnant !
    Merci pour ces explications.
    Une question à deux réponses :
    quid d’un enfant qui a subi des violences psychologiques ? peut-on encore l’aider jeune ? et comment ?
    quid d’un adulte qui a tant subi qu’il ne sait pas accéder à des émotions telles que la tristesse ?
    (désolée, je pense qu’il y a plus de 2 réponses au final).

  17. Ping : Violences et traumatismes | Pearltrees

  18. Ping : 3 ans 3 mois 1 jour | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis

  19. Merci pour ce billet qui explique beaucoup de choses.
    C’est super important de briser le tabou et les préjugés sur la violence conjugale, auprès du grand public (victime ou non) et auprès des professionnels de santé.
    Je partage !

  20. A reblogué ceci sur Peuvent-ils souffrir ?et a ajouté:
    La prévention et l’aide aux victimes passe aussi par l’information aux professionnels de santé.

    Dans ce billet, Docteur Gécé nous explique entre autre les mécanismes qui s’activent dans le cerveau en cas de traumatisme.

  21. Thomas dit :

    Merci pour cet article complet. Comment en êtes-vous arrivé à faire cette formation ? On vous l’a proposé ? Imposé ? Encouragez-vous ces initiatives ? J’aimerais avoir votre avis.

    • docteurgece dit :

      J’ai été informée de la tenue d’une session de formation médicale continue à un moment où, justement, je me disais que j’avais trop de lacunes pour aider correctement mes patientes 😉
      Oui, je suis pour ces initiatives !!

  22. Ping : Violences… | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis

  23. Ping : Infos Novembre 2014 | L'institut EgaliGone

  24. Pour ce qui est de la violence, tout est question de moral et de psychologie, et pour un meilleur traitement, il n’y a rien d’autre que de faire le point sur soi.

  25. Ping : Relations abusives | Pearltrees

  26. Ping : Traumatismes / Stress post-traumatique | Pearltrees

  27. Ping : Viol - Violences faites aux femmes (et parfois aussi aux hommes) | Pearltrees

  28. Ping : Welcome Pack | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis

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