Les dessous des sous.

Après une si longue absence, revenir et parler de sous, me direz-vous… !
C’est la faute aux internes de Docteur Milie !
Ils font qu’à lui poser des questions pécuniaires (faut dire aussi que, les pauvres, si ils ont des questions sur les pathologies des pieds, ils sont mal tombés… alors ils se rattrapent comme ils peuvent !). Bref, à force d’avoir des questions de la part de ses internes sur ses revenus, elle en a fait un billet de blog.
Alors, évidemment, me direz-vous, il y a autant de 2035 que de médecins… et c’est pour ça qu’on a eu l’idée, avec Docteur Milie et Farfadoc de faire ce billet à trois voix. Une installée, une collaboratrice et une remplaçante. Une à Paris, une dans le NeufTrois et une à la campagne.
Evidemment, ça ne sera pas exhaustif. Mais peut-être que ça pourra donner une idée aux futurs MG de ce qui les attend. (Et peut-être que ça pourra convaincre Dad Gécé que NON, être cardiologue-dans-le-privé n’était pas mon rêve et que OUI, « simple » médecin généraliste, j’arrive à « survivre »).
Il y a aussi toujours la peur de parler d’argent en France. Parce que j’ai peur d’être jugée. D’être traitée de nantie. Ou de feignasse. Ou des deux. Mais bon, je me lance. Je n’ai pas l’impression de « voler » mes patients lorsqu’ils me consultent. Je leur accorde du temps et ça n’est pas moi qui ai fixé le prix de la consultation. Donc voilà, ce sont mes revenus. Fact.
Ce qui est cool, déjà, pour moi, c’est qu’en 2014 je n’étais pas thésée (alors que depuis avril 2015, si !!! Pou poum pidouuu !) et que je déclarais encore mes revenus en micro BNC (2042C). Donc ça va simplifier considérablement mon travail. (Bon par contre, l’an prochain, je m’y colle, à la 2035…)
En gros, j’ai une colonne « Recettes » qui est constituée exclusivement par mes rétrocessions et une colonne « Dépenses » qui est constituée presqu’uniquement par mes cotisations. Pas de frais (enfin si, quelques uns, mais pour les impôts je les déduis pas. Pour ma banquière, si, par contre… !) puisque je ne suis pas aux frais réels (avec le micro BNC, il y a un abattement forfaitaire de 30%), et que les frais de « cabinet » sont payés par mon remplacé (c’est à ça que sert le pourcentage d’honoraires non rétrocédés).
Donc, en 2014, j’ai principalement fait ma grosse feignasse bossé ma thèse.
En gros, j’ai travaillé 2 grosses demi-journées par semaine au cabinet, plus la moitié des vacances scolaires. Vous pouvez y ajouter 7 semaines de rempla ponctuels par-ci par-là (merci les copains twittos : j’espère que vous avez kiffé vos vacances !!) et 10 gardes en maison médicale. Le reste du temps étant donc consacré à la rédaction de ma merveilleuse thèse (je ne compterai pas dans les dépenses les liiiiitres de thés bus durant cette période).
Au total, en temps de travail annuel, cela revient à 920h/an (versus 1645h/an pour un employé aux 35h avec 20j de congés), soit un gros mi-temps.
S’ajoutent à ça mon travail de tuteur pour la fac, les cours pour internes auxquels j’essaie d’assister pour pouvoir en donner moi-même l’année prochaine, les resto/cinés les poses de DIU avec Docteur Milie… 😉
Mes revenus totaux (revenus professionnels non commerciaux) pour 2014 étaient de 42 382 euros.
Pour les cotisations (URSSAF seulement, donc, puisque n’étant pas thésée, je n’ai pas payé la CARMF en 2014), il faut savoir que j’étais dans ma 3ème année d’exercice et que j’ai donc eu la régularisation de l’URSSAF. Mes cotisations URSSAF s’élevaient à 3159 euros.
S’ajoutent aux dépenses mon inscription à la fac (bah oui ! je paie pas la CARMF, alors faut bien que je paie la fac ! 396 euros), la CFE (ancienne Taxe Professionnelle : 70 euros), ma cotisation au CFML de Médiasanté (260 euros – BEST 260 euros EVER !), mon assurance Responsabilité Civile et Professionnelle (MACSF incluant la pose de DIU et d’implant contraceptifs : 300 euros) et ma Prévoyance (MACSF toujours : 312 euros). Pas de mutuelle : je suis sur celle de LeChéri (oui, je suis une femme entretenue !).
Mes impôts (que j’ai déjà déclarés : ouais je sais je suis teeeeellement en avance, je m’étonne moi-même…) s’élèvent à 2560 euros.
Au total, mes dépenses annuelles en 2014 s’élevaient donc à 7057 euros.
(Y’a des trucs que j’ai pas comptés parce que je tenais pas de liste car je déduisais en microBNC. Genre des BU – putain ça coûte un bras !!! – un thermomètre infrarouge, un oxymètre… Ah oui ! et aussi les trajets en voiture pour aller remplacer les copains !! Et pour aller remplacer les pas-copains aussi, d’ailleurs. Bref, pour tout ça, je sais pas combien ça m’a coûté. Je suis un boulet, j’vous dis.)
Ce qui me fait, pour 2014, 3157 euros/mois de revenus (et donc 2943 euros/mois de revenus tout-pour-moi-sur-mon-compte-en-banque-y’a-plus-rien-à-enlever).
J’ai donc parfaitement conscience que ces revenus sont 1) très largement au dessus de la moyenne des revenus des français, 2) cette situation est une année « lune de miel » puisque l’année prochaine, la CARMF (20% des revenus environ) viendra s’ajouter à toutes ces dépenses, et surtout 3) je ne serai peut-être plus remplaçante !!!! (Vous avez vu le teasing ??)
Petit calcul supplémentaire : en prenant mes revenus et en y rajoutant la rétrocession, on arrive (à peu près, car il y a quelques gardes qui faussent un peu le jeu) au montant total de consultations réalisées. En divisant par le nombre d’heures travaillées, on arrive à 2,5 patients/heure. Ce qui correspond effectivement, au doigt mouillé, à mon rythme en consultation.
Bref, tout ça pour dire que je suis très heureuse de pouvoir exercer mon métier de façon à ne pas refaire un burn-out. Que les semaines intenses de 45h-50h ont alterné avec des semaines plus légères consacrées principalement au travail de thèse, à un rythme qui me correspondait parfaitement. Que je réalise que mes revenus sont très confortables, tout en me permettant de maintenir un rythme de consultation « lent » qui me permet de faire mon travail comme il me semble nécessaire de le faire, et que cela éloigne de moi l’angoisse du « chiffre » que certains, avec plus de charges, peuvent avoir. Et que j’attends avec impatience la suite des évènements : que je suis prête à m’installer, à avoir mes propres patients, mes propres contraintes mais aussi mes propres libertés.
Etudiants en médecine, internes, cet article n’a pas pour but de vous attirer vers l’exercice libéral à grand coup de liasses de billets. Il a juste pour objectif de vous rassurer : si vous vous sentez l’âme d’un médecin libéral mais que les questions financières vous inquiètes : ne le soyez plus ! Et choisissez votre mode d’exercice selon vos convictions, et pas selon vos besoins.
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3 commentaires pour Les dessous des sous.

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  2. Wagner dit :

    Moi aussi j’ai eu la période idyllique de 3 ans où je n’étais pas thésée et ne payait pas la Carmf et c’était bizance mais après…. Sans compter que je remplace depuis 7 ans et que je vois mes revenus stagner puisque je ne bénéficie d’aucunes des revalorisations type rosp forfaits patients… Bref je ne m’en sors plus financièrement et heureusement que mon chéri est là pour me renflouer…

    • docteurgece dit :

      C’est vrai. Et puis perso, au bout de quelques années… je commence à avoir envie d’être « chez moi » : c’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis en train de me lancer dans la collaboration !

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